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Faut-il mettre en scène la culture ?

Chaque année depuis 1984, les journées du patrimoine invitent un grand nombre de personnes à franchir les portes de divers monuments du patrimoine culturel d’ordinaire fermés au public le reste de l’année. C’est l’occasion pour eux de revoir ou découvrir des musées, des châteaux, des bâtiments prestigieux  ou non. Le succès est toujours au rendez-vous ! Pourquoi ? Est-ce un besoin de dépaysement, l’envie de se relier avec son passé, un effet de mode ou de la curiosité ? 

Niché au coeur des territoires, le patrimoine culturel est devenu,  depuis quelques années, un enjeu économique important imposant à ses acteurs de le révéler, le répertorier, le protéger et d’en valoriser ses spécificités de manière à transmettre ses richesses aux générations suivantes. Dans ce contexte, nous sommes promus héritiers et même dépositaires de biens matériels (bâtis), immatériels (légendes, traditions, …) et naturels (parcs nationaux, …) qu’il nous incombe de conserver “authentiques”. Comment, et jusqu’où ? Avant de répondre à ces questions, il convient de préciser ce qui se cache derrière ce concept d’authenticité qui peut revêtir des significations très différentes suivant l’angle et le positionnement adoptés. Pour mieux comprendre nos choix, il faut alternativement endosser l’habit d’un acteur de gestion du patrimoine culturel et du visiteur lambda d’aujourd’hui.

DU CÔTÉ DES ACTEURS DU TERRITOIRE ET DES INSTITUTIONNELS

L’authenticité consiste à montrer l’objet de patrimoine, une fois inventorié, dans son état de découverte, optimisé par un processus de conservation, celui qui offre à nos yeux ébahis l’incontestable vérité et la conformité à l’Histoire. Mais attention, ce même patrimoine peut très vite être en danger dans le cas d’un tourisme de masse. C’est la cas de  Venise et ses bateaux de croisière qui  envahissent sa baie et font dangereusement monter le niveau de l’eau ; de Carnac qui souffre du piétinement des visiteurs au coeur de ses alignements de Menhirs ; de la grotte de Lascaux dont la version originale, en péril elle aussi, est fermée au public mettant uniquement à disposition une reconstruction à l’identique du site.


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Fête des lumières – Lyons

DU CÔTÉ DES VISITEURS

L’authenticité se forme autour d’une comparaison entre ce que voit, ressent le visiteur et ce que son vécu personnel ainsi que ses héritages socio-culturels lui ont fait acquérir. Un savant dosage de perception, d’interprétation et d’expérience de l’objet de patrimoine. 

L’EXPÉRIENCE VISITEUR FACE AU PATRIMOINE CULTUREL

Soucieux de montrer un héritage aussi riche que varié, l’offre de patrimoine culturel se fonde, généralement, sur l’exposition de ses objets à la manière d’un  inventaire accumulant de multiples informations où la quantité se veut être synonyme de qualité. Même si désormais, les différents types de visiteurs sont pris en compte et les approches deviennent plus ludiques et impliquantes (on sait bien maintenant que le jeu est un vecteur d’apprentissage efficace), ça ne suffit pas ! Il faut aller plus loin !   Aujourd’hui, le visiteur, en quête d’histoires mémorables, veut avant tout vivre une expérience, devenir acteur de ses découvertes et non un simple spectateur.

UNE EXPÉRIENCE ENRICHIE DANS LE RESPECT DE L’OBJET PATRIMONIAL

Alors, y a-t-il danger, dans une certaine mesure, à mettre en scène la culture pour la rendre vraisemblable et accessible à tous ? Non, bien au contraire, il s’agit de toujours doser et placer le curseur au point d’équilibre qui lie, à la fois :

  • Le storytelling, qui consiste à mettre en histoire le parcours du visiteur.
  • La mise en scène, c’est une mise en espace qui intègre les décors, les déplacements, les sons, … et créé un tout englobant pour le visiteur.
  • La théâtralité, espace de représentation qui projette le visiteur dans un univers décalé loin du réel de son quotidien. 
  • Le ludique, c’est la dimension du jeu dans l’expérience.  
  • Et l’apprentissage, envisagé à travers les émotions, vecteur d’acquisition de connaissances (cognition), de savoir être et de savoir faire  dans un vécu contextualisé.

Dans une volonté de rassembler les gens, il s’agit de  proposer des expériences enrichies propices à la rêverie, à l’imagination et respectueuses de l’objet patrimonial et de son histoire. Une occasion de créer le débat, d’inspirer, de provoquer des sensations, des émotions et des sentiments, et de donner envie d’apprendre. 

Un mélange détonant me direz vous !  Pourtant, souvenez-vous, nous avons tous des souvenirs attachés fortement à des émotions ressenties à des moments particuliers de notre vie, des larmes arrachés par un film, une odeur qui ravivent des événements, des idées, des paroles enfouies dans notre mémoire, c’est un des mécanismes essentiels de notre évolution cognitive et affective. Jusqu’à maintenant, c’est à l’enseignement classique qu’est dévolu l’apprentissage où les émotions restent bannies. Pourtant aujourd’hui, à la demande du visiteur, nous réinventons son parcours en suscitant sa curiosité et en privilégiant ses émotions de manière à construire un vécu positif qui lui permettra d’accéder à certaines connaissances qu’il aurait, sans cela, refusées au premier abord. 

Resituer le patrimoine culturel, s’immerger dans son contexte pour reconnecter passé et patrimoine grâce au pouvoir du multimédia, expérimenter et manipuler pour mieux comprendre le passé, jouer tout en apprenant avec les autres,  autant de sollicitations qui concourent à créer une expérience forte et inoubliable. 

Prenez contact et venez en parler autour d’un café !